Christophe Copel : « Je ne remercierai jamais assez mes parents » (1/2)

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Formé à l’OM, l’attaquant Christophe Copel a connu des galères avant de connaître une carrière professionnelle en Belgique. Sans club aujourd’hui à l’âge de 31 ans, il revient sur son parcours atypique, marqué par une volonté de réussir. Découvrez la première partie de notre entretien.

Christophe, comment atterris-tu au centre de formation de l’OM?

J’étais à Bouc-Bel-Air où tout se passait très bien et pendant quelques années, le club a essayé de me récupérer, mais pour mes parents, c’était hors de question car j’étais trop jeune. Ce qui a été déterminant, c’est qu’en moins de 13 ans, mes parents ont trouvé un compromis. Je m’entraînais avec le club mais le soir je rentrais chez moi. Il y avait quelqu’un qui faisait la navette car mes parents travaillaient et ne pouvait pas faire les allers-retours. Chaque année, c’était un renouvellement. A l’OM, il faut prouver tout le temps, il faut assumer un statut.

Que retiens-tu de ces années ?

C’est la meilleure période de ma vie, en terme d’amitiés, mais sur le terrain aussi. On ne peut pas dire que j’ai vraiment eu d’adolescence parce que tu es loin des parents, loin des amis. Tu ne peux pas tout faire mais je n’en garde que des bons souvenirs. J’ai joué avec des joueurs qui sont internationaux aujourd’hui. Et ça me fait plaisir de voir des joueurs avec qui j’étais, réussir, faire de grandes carrières. On dit des footballeurs qu’ils sont gâtés, mais quand tu vois comment ils y sont arrivés, tout n’est pas rose, tout n’est pas facile. On associe beaucoup les footballeurs à l’argent mais il y a des sacrifices derrière.

C’est la partie invisible d’une carrière ?

Les sacrifices, ce sont autant ceux des joueurs que des parents. Il ne faut pas croire, mais laisser son enfant dans un centre de formation, ne le voir que le week-end ou pendant les vacances, pour certains, ce serait impossible. Je n’ai pas eu une grande carrière, mais je ne remercierai jamais assez mes parents de m’avoir laissé partir de la maison à 12 ans pour vivre mon rêve. Quand je regarde maintenant un enfant de 12 ans, je me dis que c’est un gamin et pourtant…

« Il ne te faut pas que du talent, mais aussi du caractère »

A quoi ressemblaient ces années de formation ?

Quand je suis arrivé, j’ai côtoyé les grands du centre, je regardais les joueurs de CFA et je me disais « mais comment je vais faire pour arriver à ce niveau-là ». Un Carasso, un Keita, tu te dis qu’ils sont exceptionnels. On nous disait dès le plus jeune âge qu’il fallait apprendre des plus vieux. Quand je regarde le parcours de Mehdi Benatia, je suis heureux et je lui tire mon chapeau. Pour Samir Nasri, c’est pareil. Ça n’a pas été facile pour eux, ils ont eu des difficultés et quand tu vois ce qu’ils font, ça te prouve qu’il ne te faut pas que du talent, mais aussi du caractère. On se rend compte que pas tout le monde peut devenir pro, il y a plein de paramètres qui entrent en jeu.

A quel âge quittes-tu l’OM ?

En moins de 18 ans, j’ai eu une triple fracture, tibia-péroné-malléole. C’est arrivé le 2 novembre 2003. Je reviens sur les terrains en mai et peut être que c’est grâce à cette blessure que je suis devenu professionnel. Je n’ai pas retrouvé tout de suite le niveau que j’avais. J’ai fait une saison en CFA et c’est là qu’on s’est séparé.

« Le coach, m’annonce que je joue la deuxième période. J’étais KO et je suis parti directement à la douche »

C’est le début d’une grosse galère…

J’ai ensuite connu une saison blanche où, à la suite de cette blessure, j’ai frôlé l’amputation. Quand on a fait l’opération pour enlever les vis, je choppe un staphylocoque doré. A ce moment-là, je ne pensais plus où j’allais signé, mais est-ce que j’arriverais un jour à remarcher. Quand on m’a dit qu’il y avait une possibilité d’amputation, je leur ai dit « vous faites ce que vous voulez, mais vous ne touchez pas à ma jambe ». Je ne sais pas par quel moyen ça s’est remis. J’ai encore une photo où j’ai carrément un trou dans la cheville. Depuis, je ne vois plus le foot du même œil. J’ai 31 ans, et chaque fois que je suis sur un terrain, je profite. J’ai encore des séquelles, j’ai appris à jouer et à vivre avec. J’ai quand même réussi. Et la première fois où j’ai signé un contrat pro en Belgique, la première chose que j’ai faite, c’est appeler mes parents pour les remercier. Peu importe où j’ai signé pro, peu importe comment, ils m’ont donné l’opportunité de réaliser mes rêves.

Comment te retrouves-tu en Belgique ?

Après cette blessure, je m’entraine avec l’OM. Les dirigeants me disent que même si je devais quitter le club, avec cette blessure, la moindre des choses c’est de me reprendre à l’entrainement, me faire courir. Au bout de quinze jours, quelqu’un m’appelle pour me proposer un essai au Cercle de Bruges, qui jouait alors en D1. J’arrive le jeudi, on fait un entrainement avec les jeunes. On est dix à l’entrainement et on fait un cinq contre cinq. Au bout de dix minutes, j’étais mort. L’entraîneur est embêté parce que normalement, tu dois être prêt physiquement. Il me dit que le lendemain, je joue contre Charleroi parce que les gens veulent me voir, je vais donc jouer une mi-temps. Il change tous ses plans, on joue en 4-5-1. Il me dit « tu restes devant, tu fais ce que tu peux, mais nous, pendant une mi-temps, on sait qu’on est dix et il faudra tout donner en deuxième mi-temps ». A la pause, il y a 1-1, je marque et je me suis plus que bien débrouillé. Par contre, j’étais carbo, j’avais les cuisses qui avaient doublé. Et le coach m’annonce que je joue la deuxième période. J’étais KO et je suis parti directement à la douche (rires). L’entraîneur des pros m’a ensuite proposé d’aller jouer dans un autre club et m’a dit qu’il continuerait à me suivre. Et c’est comme ça que je signe le dimanche à Tirlemont, en D2, pour la saison suivante. En attendant, je continuais à me soigner à Marseille.

La deuxième partie de l’entretien avec Christophe Copel à suivre demain sur French Touch FC…

Jérôme Olivari

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