Christophe Copel : « Ce n’est pas parce que tu n’as pas réussi ici que tu ne peux pas réussir ailleurs » (2/2)

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De la D3 à la D1, Christophe Copel a tout connu en Belgique. D’expériences difficiles au Breydelstadion, il revient sur ses années belges qui lui servent désormais de support à son nouveau métier, celui d’agent. Deuxième partie de notre entretien.

Relire la première partie de l’entretien : Christophe Copel : « Je ne remercierai jamais assez mes parents »

Christophe, comment se passe cette première expérience à Tirlemont, en D2 belge ?

Avant de débuter la saison, on fait un match de charité au mois de mai et je marque trois buts. Le club pense qu’il a trouvé son attaquant. Sauf que ça fait un an demi que je n’ai pas joué. Ils fondent des espoirs sur moi mais je ne peux pas être à la hauteur. Je ne suis pas prêt. Ça se passe plus ou moins bien. Je joue quelques matchs. En novembre, le club me dit qu’il veut me garder mais que si je trouve un club près de chez moi pour me refaire, je peux y aller. Je signe à Cassis-Carnoux et je me remets physiquement. J’apprends beaucoup auprès de Jacques Rémy et Mesut Bilici, qui ont fait de belles carrières. Six mois après, je refais un essai en Belgique et je signe à Namur. Et là, c’est encore rocambolesque.

Que se passe-t-il ?

Je signe avec un coach et à la reprise, ce n’est plus lui qui est en place. C’est un truc de fou. Cet entraîneur mise tout pour la possession de balle. Au début, il me dit que je suis tout sauf un attaquant. Je joue le premier match de championnat arrière droit. Je tombe sur un ailier gauche qui me fait cinquante passements de jambes, laisse tomber. En septembre, je vais voir le président pour lui demander de partir. Il refuse. Je ne prenais aucun plaisir, j’étais là pour dépanner. Je lui dis que ça ne sert à rien, qu’ils n’ont qu’à me mettre en réserve. Finalement, on me fait jouer devant. D’octobre à décembre, je marque sept buts, je commence à être convoité et en janvier, le président veut que je re-signe pour pouvoir me vendre, en plus pour une somme totalement disproportionnée. Je suis têtu, je pars au clash. Le président me dit que tant que je ne signe pas, je ne joue plus. Tant pis pour lui. En mars, je signe en première division à Dender et finalement, je joue la fin de saison.

La situation était bancale ?

En fait, quand je signe, le club était en D3 et perd en finale de play-off. Mais l’équipe qui devait monter fait faillite, ça part dans tous les sens. Finalement, les deux équipes montent, on joue notre premier match alors que le championnat venait de commencer. La plupart des joueurs avaient un contrat d’un an. C’était un bordel.

« En France, on n’a pas cette culture foot. En Belgique, même un club de 2e ou 3 division a un noyau de supporters. »

Tu découvres donc la D1 avec Dender. Tu as aimé ton expérience là-bas ?

La Belgique est un championnat aléatoire. Il y a trop d’écart entre ceux qui jouent le haut de tableau et les autres. Je joue mon premier match de championnat contre le Standard de Liège face à Dante, Axel Witsel, c’était autre chose. Nous, on jouait pour ne pas descendre et d’ailleurs, on est descendu. Mais ce sont des bons souvenirs.

Il y a quelque chose qui t’a marqué particulièrement ?

Oui, j’ai un souvenir tragique. Pendant la trêve estivale, un joueur belge du FC Bruges, François Sterchele, meurt dans un accident de voiture. C’était un joueur exemplaire, respecté dans le pays. On joue Bruges au troisième match de championnat et le club avait commencé par deux déplacements. Donc leur premier match à domicile, c’est contre nous. Sterchele avait le 23 et à la 23e minute, il était décidé que les supporters fassent une minute d’applaudissements en son hommage. J’étais sur le banc et je peux te dire que j’ai eu l’impression que la 23e minute ne s’est jamais terminée. Ils ont eu un enchaînement de corner, ils étaient poussés par le public. On avait réussi à ouvrir le score et à ce moment-là, je me suis demandé comment on allait faire pour tenir. On se fait égaliser à la fin mais je n’ai jamais connu autant de pression, une sensation comme ça. C’est la meilleure ambiance que j’ai connu. Et je remercie tout le monde pour avoir vécu un moment comme ça. Je rentre à vingt minutes de la fin et tu n’as qu’une envie, c’est de te dépouiller.

C’est l’ambiance la plus impressionnante que tu as connu…

Émotionnellement, oui. Mais la meilleure ambiance pour moi, c’est celle du Standard. Les supporters sont énormes, c’est le meilleur public de Belgique. En préparation, j’ai joué contre Leeds, il y avait 8000 personnes. En France, on n’a pas cette culture foot. En Belgique, même un club de 2e ou 3 division a un noyau de supporters. Quand Istres jouait en Ligue 2, il n’y avait personne. La France ne vit pas pour le foot. A Marseille oui, mais ce n’est pas le cas partout.

« Je veux que le joueur sente que je suis là quand ça va, mais surtout quand ça ne va pas »

Quel bilan fais-tu de ta carrière pro ?

Je n’ai pas fait une énorme carrière mais je peux dire à mes enfants que j’ai réussi, j’ai joué au foot. Je me suis accroché pour réaliser mes rêves. Ma fille de 9 ans a été mal habituée. Je regarde un match à la télé, et comme elle ne me voit pas, elle me dit que c’est nul et elle ne regarde pas. Quand elle était petite, elle me voyait en Belgique. C’est bête, mais elle en a des souvenirs. De ma carrière, je tire une leçon. Tu ne vas pas tout réussir mais il faut mettre toutes les chances de son côté. Quand je vois des jeunes qui ne signent pas pro en sortant de centre de formation et qui arrêtent, ça veut dire qu’ils n’ont pas la mentalité. On ne peut pas abandonner, le foot n’est pas fini. On joue au foot partout dans le monde. Ce n’est pas parce que tu n’as pas réussi ici que tu ne peux pas réussir ailleurs.

C’est ce que tu essayes d’expliquer à tes joueurs en tant qu’agent ?

Oui. Je veux aider les jeunes et leur montrer que ce n’est jamais fini. Il y a pleins de cas, les Ribéry, les Drogba. Si tu as été dans un centre de formation, c’est que tu as des qualités. Si tu as la mentalité qu’il faut, si tu tentes, pourquoi ça ne marcherait pas ?

Comment es-tu devenu agent ?

Il y a deux ans, un ancien agent basé en Belgique m’a sollicité pour repérer des jeunes du sud de la France. Il faisait la même chose avec Anthony Rikka, en Grèce. On a été formé à l’OM ensemble. En mai, on a fait une tournée des clubs avec Anthony. Et finalement, on s’est dit que ce qu’on faisait pour cet agent, on pouvait le faire pour nous. On connaît suffisamment de monde dans le milieu, on a assez de recul sur le milieu du foot. Ça s’est fait comme ça. On a confiance l’un en l’autre. On veut donner la chance à certains jeunes d’intégrer des structures pros. Mais une fois qu’ils sont placés, on veut faire un gros suivi. Dans mon cas, j’ai eu des agents qui n’étaient là que pour nous placer, c’est tout. Moi, j’essaye de faire en sorte de regarder les matchs de mes joueurs, faire ensuite une analyse avec le joueur. On fait un bilan du match mais ce que je veux, c’est avoir une relation différente. On parle de tout, de la vie. Je suis beaucoup en relation avec les parents parce que je sais que quand tu es jeune, quand tu as un problème, ceux que tu appelles, ce sont tes parents. Donc je veux faire un suivi complet, en amenant notre petite touche. Je me sers de mon vécu, je veux que le joueur sente que je suis là quand ça va, mais surtout quand ça ne va pas.

Relire la première partie de l’entretien : Christophe Copel : « Je ne remercierai jamais assez mes parents »

Jérôme Olivari

 

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