Florian Taulemesse, roi de Chypre

En Europe, il y a Alexandre Lacazette, Kylian Mbappé ou encore Antoine Griezmann, mais il ne faut certainement pas oublier Florian Taulemesse. En 2017, l’attaquant de l’AEK Larnaca a inscrit 23 buts. Mieux, il est le meilleur buteur français depuis le début de la saison 2017/2018. Rencontre avec un joueur qui n’a pas toujours connu la réussite, notamment en France.

Florian, quel a été le premier moment fort de ta carrière ?

Quand j’ai quitté le cocon familial. Je suis resté très longtemps proche de la maison en jouant à Bagnols sur Cèze, à Alès puis à Avignon. Quand je suis parti à Ajaccio, ça n’a vraiment pas été facile. C’est la première fois que j’étais loin de chez moi, mais quand j’y repense, j’en avais besoin. Même si je n’ai pas beaucoup joué, ça a été un déclic.

Tu avais pris conscience de ton potentiel ?

C’est à Mulhouse où je me suis rendu compte de la marge de progression qui me restait. J’ai eu la chance d’avoir un coach qui m’a beaucoup aidé. C’était Damien Ott à l’époque (aujourd’hui entraîneur d’Avranches, ndlr). Il m’en demandait beaucoup et grâce à ça j’ai eu confiance en moi. J’ai été blessé durant de longues semaines, mais il a toujours été là pour moi. Je me souviens qu’on travaillait en duo ensemble pour que je revienne dans la meilleure des formes. Je n’ai pas connu d’autres entraîneurs comme lui.

Malgré ça, tu es parti à Gueugnon la saison suivante…

J’avais signé avec un nouvel agent qui s’occupait du recrutement de Gueugnon en National. Je voulais passer un palier supplémentaire, c’est pour ça que je suis parti. Tout se passait très bien avec Hubert Fournier lors des premiers matches mais je me blesse à nouveau, au même endroit qu’à Mulhouse d’ailleurs. Entre temps, il y a un changement de coach. Et je ne suis jamais rentré dans les plans du nouvel entraîneur.

Suite à cette mauvaise passe, tu as rejoint l’Espagne. Était-ce un vrai tournant pour toi ?

Je suis reparti de zéro là-bas. Il y a une vision du football qui est complétement différente où le ballon est énormément présent. Il a fallu que je me recrée une étiquette et je pense avoir progressé techniquement là-bas.

« Rejouer en France, je ne pense pas. »

Pourtant, tout n’a pas été simple au début…

Au niveau du salaire c’était compliqué. J’ai touché à peine deux mois sur les dix de la saison. Mais je n’ai jamais regretté jamais mon choix d’être resté en Espagne. Je voulais connaître autre chose et puis c’est là que j’ai rencontré ma femme qui partage ma vie aujourd’hui. J’ai beaucoup d’amis proches en Espagne et c’est aussi un peu pour ça que je suis à Larnaca depuis janvier.

Pourquoi ?

J’ai rejoint des personnes que j’ai connues en Espagne. Il y a une forte communauté espagnole dans ce club et j’y ai retrouvé des amis. J’avais vraiment des points de repères en arrivant ici.

Etre footballeur à Chypre, cela ressemble à quoi ?

Franchement, c’est super. Comme toutes les équipes professionnelles, on s’entraîne tous les jours mais c’est surtout au niveau des rencontres que ça change. Les déplacements ne sont jamais très longs. Je pars le matin du match de la maison et je rentre le soir. Dans la vie de famille, c’est exceptionnel et cela n’arrivera jamais ailleurs. C’est aussi pour ça que je me plais beaucoup à Larnaca.

En étant meilleur buteur du championnat, es-tu dans la forme de ta carrière ?

Il y a vraiment de la qualité dans le groupe et c’est plus facile pour moi dans mon rôle d’attaquant. J’ai des coéquipiers qui me mettent dans des conditions extraordinaires. Comme attaquant, je dépends de mon équipe. Tu peux me mettre en D4, si je ne reçois pas de ballon, je ne marquerai jamais. À titre de comparaison, je pense avoir été encore meilleur à Eupen l’an dernier. Mais ce qui me rassure, c’est que j’arrive à confirmer à Larnaca cette année.

Sur un plan collectif, vous êtes bien partis pour jouer le titre…

Finir champion, ça ne va pas être facile car il y a de belles équipes dans ce championnat. Après, l’objectif pour nous, c’est de retrouver la coupe d’Europe. Ça a un parfum spécial. Cette année, on a été sorti par Plzen en Ligue Europa mais on ne mérite pas de perdre. C’est dommage mais ça donne vraiment envie d’y regoûter. On pourrait même disputer la Ligue des Champions en finissant champion.

À 30 ans, envisages-tu un retour en France ?

Absolument pas ou alors sauf si c’est l’OM qui m’appelle (rires). Après Espagne, la Belgique ou Chypre, je ne suis pas sûr que ça m’intéresse de rejouer en France. Il y a de nombreux Français ici, mais on ne reste pas forcément ensemble. J’ai une proximité assez forte avec les Espagnols. Les autres joueurs français, je les croise à l’école quand on va chercher nos enfants, mais ça s’arrête là. D’ailleurs, on est que deux Français dans l’effectif de Larnaca et c’est suffisant (rires).

Du coup, tu te vois bien finir à Larnaca ?

Pourquoi pas. Il y a de la continuité avec ce club et puis une certaine sécurité aussi. Ma famille est épanouit ici et puis il y a un certain confort. Comme j’ai pu le dire auparavant, il y a à peine deux heures de trajet pour faire un match à l’extérieur, c’est très bien pour la vie hors football.

Après avoir connu la France, l’Espagne, la Belgique et aujourd’hui Chypre, que retiens-tu de ta carrière ?

J’ai gardé d’excellents rapports là où je suis passé. Chez les jeunes, avec Avignon, on avait joué contre l’OM avec Nasri à l’époque. J’ai croisé également des joueurs qui m’ont impressionné comme Jeffren Suarez. Il a été formé à Barcelone et j’ai joué avec lui à Eupen. Je n’ai jamais vu autant de qualités individuelles. Avec lui, j’ai compris ce que c’était le niveau Real et Barcelone. Il y a également le jeune Akram Afif qui joue à Eupen aussi. Lui c’est sûr, ça sera la grande star du Qatar à la coupe du monde 2022.

Au contraire, as-tu des regrets ?

Peut-être le fait de ne pas avoir été dans un centre de formation chez les jeunes. Etre dans le milieu professionnel, ça ouvre forcément des portes plus facilement. Maintenant, j’ai réussi à arriver à ce que je voulais faire, vivre de ma passion. Le jour où j’ai joué en D1 en Belgique, ça a été un grand moment et ça prouve qu’avec de l’envie et de la foi, on peut y arriver.

Axel Trappier

 


Florian Taulemesse

Nationalité
fra France
Position
Attaquant
Club actuel
AEK Larnaca
Anniversaire
21/10/2018

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