Les Invincibles, chef-d’œuvre Wengerien

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Il s’en va. Après vingt-deux saisons à entraîner Arsenal, Arsène Wenger a décidé de s’en aller. Vingt-deux saisons riches en émotions et en histoires, dont une forcément plus marquante que les autres. Celle où les Gunners n’ont pas perdu. Celle des Invincibles.

L’histoire s’est écrite en 2003-2004. Et bien que refermée quatorze ans plus tard, cette page demeure écornée. Comme un vestige du passé où l’on se réfugie pour fuir le présent souvent morose. Lors de cette saison, Arsenal réalise l’impensable : être champion en restant invaincu. La prouesse est dingue. Elle est le fait d’un collectif étourdissant façonné par un homme : Arsène Wenger.

Alors qu’il quittera Arsenal, son Arsenal, à la fin de la saison, l’entraîneur alsacien n’a sans doute jamais accompli un exploit plus retentissant que celui-ci durant toute sa carrière. De ses vingt-deux ans de règne chez les Gunners, cette saison reste et restera la pièce maîtresse de son œuvre.

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Dans le livre « Invincible: Inside Arsenal’s Unbeaten 2003-2004 Season » écrit par Amy Lawrence en 2014, Wenger expliquait que l’idée de cette performance résonnait en lui depuis longtemps. « Je savais que j’avais une équipe spéciale en 2003-2004 à Arsenal. Mon rêve a toujours été d’arriver à finir une saison sans perdre un match, bien que ce ne soit pas une ambition normale. La saison précédant les Invincibles, j’avais dit à mes joueurs que l’objectif idéal était de terminer une saison en étant invaincus« .

La bataille d’Old Trafford

De cette épopée fantastique, trois rencontres occupent encore les mémoires et sont considérées comme les véritables tournants de la saison. La première a lieu très tôt et pourtant, sera fondatrice pour la suite. En ce 21 septembre 2003, Arsenal affronte Manchester United à Old Trafford. A cette époque, la rivalité entre les deux clubs est exacerbée. Pour les supporters des deux camps, c’est LE match de l’année, bien plus que leurs derbies respectifs face à Manchester City et Tottenham.

Cette tension se traduit sur le terrain. Dans un match à couteaux tirés, les deux équipes se livrent une baston mémorable, surnommée a posteriori « The Battle of Old Trafford ». Surchauffé par cette atmosphère, Patrick Vieira dégoupille en fin de match et se voit exclure du terrain. Asphyxiés, les Gunners prennent l’eau et concèdent un pénalty dans les arrêts de jeu pour une faute sur Ruud Van Nistelrooy. Le Néerlandais se charge de la sentence mais envoie la balle s’exploser sur la transversale. Score final : 0-0. Un miracle pour Arsenal, qui voit en ce nul un symbole : rien ne peut leur arriver cette année.

« We won the League at White Hart Lane »

De Jens Lehmann à Thierry Henry, de Sol Campbell à Dennis Bergkamp, de Kolo Touré à Freddie Ljungberg, en passant par Ashley Cole, Patrick Vieira ou Robert Pirès, tous en ont l’intime conviction : ce match lancera Arsenal vers un titre de champion perdu l’année précédente au profit… de Manchester United.

Cette idée directrice contamine le club et les supporters. Au fil des semaines et des victoires, l’idée de voir Arsenal soulever le trophée de champion en ne perdant plus une seule rencontre prend forme. Elle va se concrétiser le 25 avril 2004… chez le rival Tottenham. Quoi de plus jouissif pour un supporter que de voir son équipe sacrée sur la pelouse de son voisin et ennemi juré ? En obtenant le point du nul (2-2) à White Hart Lane, l’antre des Spurs, les Gunners font chavirer de bonheur leurs fans et reprennent place sur leur trône après l’avoir cédé aux Mancuniens. Arsenal est champion d’Angleterre.

Les Invincibles

Arsène Wenger le sait. Après une saison éreintante, la décompression guette son équipe une fois le sacre validé. Mais le coach n’en a que faire. Bien que sacré, il n’est obsédé que par une seule idée : terminer la saison en restant invaincu. Arsenal a encore quatre matchs à jouer. « C’était l’un des défis les plus compliqués, reconnaît-il dans le bouquin d’Amy Lawrence. Généralement, quand vous êtes champion, la concentration s’en va, tout le monde se relâche et vous perdez le prochain match. Après le titre gagné, j’étais plus stressé lors des derniers matchs« . Les deux nuls suivants face à Birmingham (0-0) et Porstmouth (1-1) ne rassurent en rien l’ancien entraîneur de l’AS Monaco, qui sent poindre la défaite si près du but.

Après un succès face à Fulham lors de l’avant-dernière journée (1-0), Arsenal reçoit Leicester City dans un Highbury incandescent et prêt à célébrer ses héros. Mais la fête démarre mal. Bousculés, les Gunners sont à la peine et concèdent l’ouverture du score avant la pause. Et s’ils échouaient là, aujourd’hui, alors que l’histoire leur tend les bras ? Hors de question de l’envisager pour Wenger, qui remobilise et pique ses ouailles à la mi-temps. Transfigurée, son équipe entame la seconde période à un rythme effréné. Dès la 47e minute, Thierry Henry égalise avant que Patrick Vieira ne scelle la victoire des siens après l’heure de jeu.

C’est fait. Arsenal termine la saison sans avoir perdu la moindre rencontre. Cette invincibilité, démarrée à la fin de la saison dernière, se poursuit sur neuf matchs lors de l’exercice suivant et se conclut en octobre 2004, après une série de 49 matchs sans défaite en Premier League. Un record jamais égalé depuis. Arsène a touché du doigt son rêve. Avec cette saison 2003-2004, il tient là sa plus belle partition. A un mois de la fin de son inénarrable aventure avec Arsenal, c’est sans nul doute possible celle-ci qu’il chérira le plus quand il ouvrira le livre de son histoire avec les Gunners. Toujours marqué à la page « Les Invincibles ».

Mathieu Lauricella –

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