Jean-David Beauguel : « L’Espérance de Tunis ? C’est comme si je n’ai jamais été là-bas… » (1/2)

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Jean-David Beauguel évolue au Dukla Prague depuis 2014. Mais avant de se stabiliser en République Tchèque, l’attaquant français de 24 ans a connu quelques galères notamment à l’Espérance de Tunis, l’un des clubs phares du continent africain. L’ancien joueur du Toulouse FC nous évoque son étonnante expérience en Tunisie lors de la première partie de cet entretien. (Photo : Dukla Praha)

En 2012, tu signes à l’Espérance de Tunis, un poids lourd du continent africain. Comment on en est arrivé à ce qu’un double vainqueur de la Ligue des Champions africaine jette son dévolu sur un gars de 20 ans qui n’avait joué qu’un match avec le Toulouse FC ?

Avec le recul, aujourd’hui, je me dis que c’était peut-être plus une histoire de business avec mon ancien agent. J’avais 20 ans à l’époque et moi je voyais ça comme un challenge. Je me disais que je pouvais rejoindre le plus grand club africain, qui avait en plus disputé la finale de la Ligue des Champions la saison précédente.
Je me suis dit que si j’arrive à faire ce qu’il faut, à remporter des titres là-bas, je peux peut-être revenir par une grande porte et m’offrir des possibilités.
Aujourd’hui, je n’y pense plus du tout, c’est comme si je n’ai jamais été là-bas malheureusement. Quand j’étais allé là-bas, j’ai été surpris car il y avait une grosse ferveur au Stade de Radès. Quand je n’avais pas signé, j’étais allé voir quelques rencontres et c’était impressionnant. Je me suis dit que si j’arrivais à marquer dans une ambiance pareille…pfiouuuu, ça allait être la folie !
Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça : je n’ai pas joué, le contrat a été cassé et je suis rentré au bout de 6 mois….

Il s’est passé quoi concrètement ? On a lu que tu étais écarté de l’équipe mais est-ce que tu as été au moins une fois sur le banc ?

Non même pas ! J’ai joué deux fois 45 minutes en match amical, c’est tout. On ne m’a pas donné une seule fois ma chance ensuite. On m’a promis des choses, fait des beaux discours mais rien ne s’est réalisé. Quand on me parle de cet épisode, je me dis vraiment que c’est une histoire de business.
Lorsque je n’étais pas encore à l’ES Tunis, le directeur sportif m’appelait quasiment tous les jours pour savoir où cela en était concernant l’obtention de mon passeport. Pareil pour le coach. Ensuite, lors de mes premiers jours là-bas, ça se passait bien, tout le monde était content. Je devais arriver pour remplacer Yannick N’Djeng qui devait partir en Suisse (NDLR : parti finalement au FC Sion en janvier 2013). Je suis arrivé en cours de saison, cela me laissait le temps de m’adapter, je savais que je n’allais pas jouer tout de suite.
Au bout de deux mois, j’ai un entretien avec le coach pour savoir ce qu’il pensait de moi : il m’assure qu’il est très content, qu’il comprend mon envie de jouer mais qu’il fallait que je sois patient. En sortant du bureau, je vais voir Riadh Bennour (NDLR : le directeur sportif) à propos d’un renseignement. Je lui pose une question et là, il me rétorque : « Oui c’est bon, de toute façon, avec toi c’est réglé », en insinuant que mon sort est réglé. Là je ne comprends pas du tout car je n’ai pas joué une seule fois !

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Jean-David Beauguel n’aura jamais porté le maillot de l’Espérance de Tunis en match officiel… (Photo : tuniscope.com)

Le lendemain, je  retourne voir le coach Nabil Maâloul, je lui exprime mon incompréhension et après lui avoir expliqué ce qu’il s’est passé avec le directeur sportif, le coach me répond : « Ah bon, il t’a dit ça ? C’est le football, tu es jeune ». Je prends une grosse claque ! A partir de là, c’est comme si j’étais écarté. Je m’entrainais avec la réserve, parfois tout seul, que j’étais là ou pas, on s’en foutait. On me proposait de jouer avec la réserve mais me taper 10 heures de bus à l’aller, 10 heures au retour pour aller jouer dans le sud de la Tunisie dans des conditions qui ne me mettaient pas à l’avantage…

« Premier jour d’entraînement : les supporters criaient mon nom et allumaient des fumigènes ! »

Du coup, je rentrais à Marseille, tous les week-ends pratiquement j’étais là-bas et lorsque je demandais au coach si je pouvais rester un jour de plus, je pouvais sortir n’importe quelle excuse, il s’en foutait. Ça m’a mis un coup au moral et à ma famille également. Je me faisais tellement une joie d’arriver vu que c’était mon premier contrat pro, de plus la ferveur des supporters était impressionnante : premier jour d’entraînement, ils étaient aux grillages, criaient mon nom et allumaient des fumigènes ! C’est dommage de ne pas avoir eu cette chance de montrer ce dont j’étais capable même si je n’avais que 20 ans et que personne ne me connaissait. Pendant 6 mois, c’était très dur mais ça m’a servi car ça m’a forgé mentalement et je me suis promis de ne plus jamais avoir ce genre de situation !

Visiblement le club n’a pas été réglo avec toi sur le plan sportif mais qu’en est-il de tes indemnités de départ ?

Au niveau du contrat, il n’y a pas eu de problème. Tous les mois, j’avais mon salaire et au moment de partir, ils m’ont réglé mes salaires en avance. Je pense qu’ils voulaient se débarrasser le plus vite possible de moi (rires) ! Je n’ai pas eu de souci mais là aussi, c’est pratiquement moi qui me suis occupé de résilier mon contrat alors que mon ancien agent (NDLR : Kader Jelali), il est juste venu le jour de la signature : merci, au revoir !
Il n’a pas été là pour moi et la suite est encore pire : il m’a promis une signature au Havre. Je rentre à Marseille pendant le mercato d’hiver, il restait deux jours avant la fermeture du marché des transferts, je le relance et il m’affirme de nouveau que c’est OK avec Le Havre pour un contrat de deux ans, que je n’avais pas à m’inquiéter et que cela ne servait à rien que je l’appelle tout le temps ! Je lui rétorque : « Non mais attends, c’est comme au Pôle Emploi, quand quelqu’un veut travailler, il appelle tous les jours. Toi en l’occurrence quand je t’appelle, tu me réponds à peine ou pas du tout, ce n’est pas normal. Tu es censé me rappeler, me rassurer ». Il me promet qu’il me rappellera et au final, il ne l’a jamais fait…
Encore une fois, grosse claque ! Pendant 6 mois, je suis sans club et heureusement que j’avais des connexions dans le Sud : pendant 4 mois, je suis allé m’entraîner au Cannet-Rocheville (NDLR : actuellement en CFA 2) et je les remercie encore de leur accueil. Ça m’a permis de me refaire une santé, de retrouver cette sensation de famille car l’ambiance était super !

Comment ça se passe ensuite ?

Après mon expérience en Tunisie, j’avais des contacts avec certains agents. J’en ai rencontré un avec qui il y a eu un bon feeling. J’ai fait plusieurs essais : d’abord à Waasland-Beveren (Belgique). Premier jour, ça se passe super bien mais deuxième jour, j’apprends que le coach n’est pas vraiment intéressé à l’idée de m’avoir donc je rentre. Ensuite, je suis allé à Belenenses (Portugal) mais c’était dur car physiquement, je n’étais pas forcément prêt. Finalement, j’ai un essai au RKC Waalwijk. Ça se passe super bien, je savais qu’ils étaient déjà intéressés. Lors du match test, je marque des buts et manque de pot l’autre attaquant se fait les croisés durant la rencontre. A partir de là, je signe au RKC Waalwijk.

Amayes Brahmi –

Retrouvez très prochainement la deuxième partie de cet entretien où on évoquera avec Jean-David Beauguel, son expérience aux Pays-Bas et sa vie actuelle en République Tchèque.


Jean-David Beauguel

beauguelprofil
Nationalité
fra France
Position
Attaquant
Club actuel
FC Fastav Zlin
Anniversaire
21/03/1992

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