Jonathan Parpeix : « En Grèce, si tu as de l’argent, tu as le pouvoir » (2/2)

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A l’Apollon Smyrnis, Jonathan Parpeix s’est retrouvé au cœur du foot grec et de ses spécificités. Entre les matchs embrasés, les problèmes d’argent et les présidents véreux au calibre dans la poche, le milieu de terrain revient sur son année singulière. Suite et fin de notre entretien aussi hallucinant que captivant.

La ville d’Athènes abrite de grands clubs comme le Panathinaïkos ou l’AEK. Comment ces deux clubs sont perçus dans la ville ?

Le Pana est populaire car c’est la section foot d’une institution. Les supporters sont chauds et passionnés. L’AEK a fait un dépôt de bilan il n’y a pas si longtemps. Il est descendu en troisième division et est remonté il y a peu. Et l’année de la remontée, ils ont terminé troisième. En France, c’est rare qu’un club de L2 se qualifie pour l’Europe l’année suivante. C’est beau mais c’est particulier.

Tu as vu des choses qui t’ont choqué ?

On a joué contre Olympiakos en coupe. On perdait 1-0 et on égalise. Tu peux gagner le match mais tu fais tout pour le perdre. C’est incompréhensible. L’entraineur rigolait à la mi-temps avec les joueurs dans le vestiaire. Je n’ai jamais vu ça de ma carrière. J’ai pourtant connu dix entraineurs à Nîmes, et je n’ai pas connu ça.

L’Olympiakos domine le championnat depuis plusieurs années. Est-ce que cette hégémonie est mal vécue dans la capitale ?

Athènes est la capitale administrative mais Le Pirée est la capitale industrielle. C’est un immense port. Je ne pense pas que ce soit si mal vécu, même si la rivalité avec le Panathinaïkos est très forte.

«  Les supporters sont des fous furieux, tu as l’impression qu’ils n’ont pas de limites »

Ça se traduit comment ?

C’est l’équivalent d’un Boca Juniors-River Plate. Même si la sécurité des joueurs n’est pas trop assurée, c’est le genre de matchs que tout joueur a envie de jouer. Il y a de la tension, de la pression. L’an dernier, l’aller n’a pas eu lieu. Les supporters sont des fous furieux. Tu as l’impression qu’ils n’ont pas de limites. Ils rentrent avec des fumigènes, des bombes agricoles. Et comme l’État n’a pas de moyens… Si tu as 150 policiers pour 20 000 personnes en furie, tu veux faire quoi ? Et les présidents sont tellement des mafieux que tout se passe aussi par derrière.

La Super League (D1) a débuté avec du retard et la Football League (D2) n’a toujours pas commencé, cela t’étonne-t-il ? 

Non, l’an dernier, c’était déjà le cas. Quand je suis arrivé, les joueurs avaient une semaine de préparation dans les jambes. On devait reprendre une semaine après la première division et on a repris avec deux ou trois semaines de retard. A une semaine du coup d’envoi, on ne connaissait pas le calendrier. L’an passé, on a eu la chance qu’à la fin de la saison, il y avait l’Euro, sinon, on ne finissait pas qu’avec quinze jours de retard.

L’an passé, des clubs comme Ergotelis n’ont pas fini la saison. La situation financière des clubs est si difficile ?

Ils voient le problème différemment qu’en France. Prenons un club comme Toulouse qui était quasiment condamné à descendre. En Grèce, le club dépose le bilan avant la fin de la saison pour économiser des mois de salaires. Il sait qu’il repartira tranquillement en troisième division et remontera rapidement. Comme les clubs appartiennent à des propriétaires riches, qui font ce qu’ils veulent de leur argent, ils se croient tout permis.

Ce n’est donc pas un mythe…

En Grèce, si tu as de l’argent, tu as le pouvoir. Certains de mes coéquipiers m’ont raconté leurs aventures dans d’autres clubs. Les joueurs n’étaient pas payés et avaient décidé de ne pas s’entrainer. Le président est rentré dans le vestiaire avec un calibre. Ça ne doit jamais se voir en première division. Ce n’est que du sport. Mais en Grèce, ils mélangent tout.

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Les joueurs ne peuvent rien faire pour lutter contre ça ?

La Ligue n’a tellement pas confiance envers les clubs que tous les trois ou quatre mois, ils font signer des papiers pour savoir si l’argent a bien été versé aux joueurs, sinon ils prennent des pénalités. Le syndicat a fait pas mal de choses pour les joueurs. Si ce dernier n’est pas payé, il reçoit une aide, indexée par rapport aux conditions du contrat. L’UEFA a mis un coup de pression aussi. Si la fédération ne réglait pas ses problèmes, l’indice du pays allait dérouiller. Si des choses ont été faites, il y a toujours un sacré retard. Une Ligue 2 en France, c’est une Ligue 1 là-bas.

As-tu connu des difficultés financières là-bas ?

J’ai eu la chance de tomber su un club et un président sérieux. J’ai toujours été payé en temps et en heure. Une personne qui s’occupe de mes intérêts m’a dit que sur dix personnes qu’il avait envoyées en Grèce, je suis le seul à ne pas avoir connu de problèmes d’argent. Là-bas, tout est discuté, même ce qui est pourtant inscrit dans le contrat. Les présidents sont toujours avec leurs carottes. Mais entre ce qu’ils promettent et ce qu’ils font, il y a une différence.

Pourquoi est-tu revenu en France ?

Jouer à l’étranger m’a permis de mettre un peu d’argent de côté car il ne faut pas se le cacher, il faut penser aussi à l’après carrière, même si je suis un vrai passionné, il faut vivre. Je sors d’une saison pleine. J’avais des propositions de clubs de D1 grecque, mais c’était des clubs qui ont une sale réputation sur les salaires et je ne voulais pas être embêté là-dessus. J’ai joué la sécurité parce que partir à 3000 kilomètres, loin de ta famille, pour connaître des galères, je ne le souhaite à personne. Le FC Martigues est un club structuré, avec l’ambition de retrouver un niveau qui a été le sien. Et si on peut faire un parcours en Coupe de France, ça remettrait le club en lumière.

Retrouvez la première partie de notre entretien avec Jonathan Parpeix ici !

Jérôme Olivari –  

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