Achille Campion (Cork City, Irlande) : « On est entré dans l’histoire du club »

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Tout juste champion et vainqueur de la Coupe d’Irlande, Achille Campion se remet à peine de ses émotions. Buteur décisif en finale face à Dundalk, l’attaquant a vécu une fin de saison énorme, couronnée d’un doublé historique pour le club irlandais. Quelques jours après cette folie dans le club et la ville de Cork, l’ancien joueur de Dunkerque revient pour French Touch FC sur cette saison exceptionnelle. Il évoque également son parcours et son avenir. Rencontre avec un homme heureux et qui n’a pas peur du froid.

Achille, tu viens de décrocher un doublé historique avec Cork City. Raconte-nous comment tu as vécu ça.

C’était la folie, on a fêté ça pendant deux jours. C’est quelque chose qui n’avait pas été fait depuis les années 50 à Cork, donc c’est historique. Gagner la coupe et le championnat, c’est fou, mais entrer en plus dans l’histoire du club, c’est énorme. Et puis à Cork, c’est un peu particulier puisque ce sont les supporters qui sont propriétaires du club, un peu comme un système de socios. On a plein d’événements avec eux, c’est même inscrit dans les contrats, on doit être présent. Du coup, ça donne une ambiance particulière, tout le monde gagne en même temps.

Comment a été l’ambiance dans la ville ? Cork n’avait plus été champion depuis 2005, ça a dû être une délivrance pour les supporters.

On est rentré en bus après la finale, des milliers de personnes nous attendaient dans le centre ville. Quand on a gagné le championnat à domicile, il y a eu envahissement du terrain. C’était fou et vraiment particulier.

D’ailleurs, comment expliquerais-tu cette longue période sans trophée à Cork ?

Déjà, les deux dernières années, Cork n’était pas loin d’être champion. Ils ont gagné la coupe l’an dernier, et c’est pour ça que je suis venu, car ils voulaient gagner le championnat. Le club a eu de gros soucis financiers il y a plusieurs saisons, il est retourné en First Division (la deuxième division irlandaise, NDLR), et c’est là qu’il s’est reconstruit. Apparemment, des salaires de dingue étaient donnés aux joueurs avant. L’Irlande a connu une énorme crise financière en 2008 et c’est à partir de là que le club a adopté le système d’actionnariat avec les supporters, afin d’aller chercher des revenus ailleurs.

Quels ont été les ingrédients de ce doublé ?

Le coach a super bien recruté. Cette année, on avait une équipe de « all stars », à peu près tous les meilleurs joueurs de l’an dernier étaient réunis dans l’équipe, hormis ceux de Dundalk. On a montré beaucoup de détermination. On ne l’a pas gagné sur le jeu mais plus sur le mental. En Irlande, il y a des équipes qui jouent, des joueurs sérieux. Cette année, on avait notamment Sean Maguire, qui est devenu international Irlandais. Il y en a deux ou trois dans la ligue qui vont pousser fort aussi. Il y a de bons joueurs, ça ne joue pas mal. C’est un pays qui progresse et qu’il faut prendre au sérieux. Par exemple, cette année en tour préliminaire de Ligue Europa, on perd deux fois 1-0 contre l’AEK Larnaca, et si tu regardes leurs joueurs, ils ont de mecs avec des carrières plus que respectables en Liga notamment, et ils sont premiers de leur championnat. Ça montre un certain niveau.

« Marquer devant le kop des supporters… C’était fantastique »


Vous allez justement retrouver la Coupe d’Europe, mais cette fois la plus prestigieuse…

Oui, c’est génial et financièrement pour le club, c’est super. En plus, il y a cette nouvelle règle la saison prochaine ; si tu perds au premier tour préliminaire de Ligue des Champions, tu es reversé en Ligue Europa. On va donc avoir plusieurs matchs européens. Le club va miser sur la continuité et va vouloir construire là-dessus. Ça promet une belle rivalité en haut de tableau en championnat avec Dundalk, Shamrock et nous-mêmes.

Et il y a aussi eu cette finale de coupe face à Dundalk (1-1, 5-3 tab), lors de laquelle tu marques le but égalisateur en prolongations. Ça a dû être un grand moment…

C’était fantastique. Le coach m’avait demandé de m’échauffer depuis la 55e minute, j’étais impatient de rentrer. Et là, de marquer devant le kop des supporters… Ils étaient déchainés, c’était la folie et ça nous a bien remis dans le match. On savait après le but qu’on allait gagner, mentalement on était plus fort. On avait pris le dessus.

Tu as vécu une saison particulière, tu n’as pas tout le temps joué mais tu décroches deux trophées. Quel regard portes-tu sur ta saison ?

Au niveau personnel, je suis super satisfait d’avoir remporté des titres. Je suis content de mes statistiques aussi, proportionnellement au nombre de minutes jouées, c’est bien. Après, je n’ai pas signé dans l’optique d’être remplaçant. Le coach m’avait dit que j’allais jouer tous les matchs mais Maguire est resté alors qu’il devait partir, donc j’ai dû regarder des matchs depuis le banc. Je n’étais pas très content, mais c’est comme ça. Les supporters savent ce que j’apporte, j’ai une détermination, je suis un peu le chouchou du public, comme je l’étais à Port Vale (League One, la troisième division anglaise, NDLR). Ils m’aiment bien, et c’est réciproque.

« En D3 anglaise, tu joues devant 30 000 personnes »


Avant de signer à Cork, tu jouais déjà en Irlande, chez les Sligo Rovers, où tu es resté peu de temps malgré de bonnes performances…

J’ai signé avec les Sligo Rovers car mon contrat était terminé à Port Vale et je voulais jouer l’été pour relancer la machine. J’ai signé un bail d’une courte durée pour les aider à remonter au classement. Ils étaient huitièmes et on a fini cinquièmes, donc je suis très content de mon passage là-bas. C’était une aventure importante, je les remercie, tout le monde a été super accueillant.

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Achille Campion sous le maillot des Sligo Rovers (Crédits photo : Goal.com)

Et comme tu le dis, il y a aussi eu ce passage à Port Vale. Que retiens-tu de tes années là-bas ?

J’ai adoré l’atmosphère. Le foot anglais, c’est intense. J’ai beaucoup marqué en réserve, c’était bien comme premiers pas dans le foot pro. Ça m’a développé, j’ai marqué des buts importants, notamment contre Bradford la semaine où ils battent Chelsea en FA Cup. J’ai fait aussi de belles rencontres. Et les affluences ne sont pas les mêmes en Irlande qu’en Angleterre. En Angleterre, tu joues contre Sheffield en League One, c’est 30 000 personnes. Le foot irlandais se rapproche plus du français que de l’anglais.

Et on poursuit le tour du monde avec au début de ta carrière, un passage en foot universitaire aux Etats-Unis, du côté des UCSB Gauchos, à Santa Barbara.

Oui, j’étais à Dunkerque à l’époque, et je suis d’abord parti jouer dans le Mississipi (aux Belhaven Blazers, à Jackson, NDLR). Ça s’est super bien passé, mais je souhaitais évoluer à un meilleur niveau, et j’ai reçu une offre incroyable de Santa Barbara, un club du top 10 de la NCA, le championnat universitaire de soccer. J’ai accepté, et je me suis retrouvé capitaine de l’équipe, à jouer devant 20 000 personnes, je vivais au bord de la plage… C’était le top !

« Un retour en France serait un beau défi »


Tout le contraire niveau météo de tes quelques mois en Suède, dans le club de Norrby ! D’ailleurs, comment tu t’es retrouvé là-bas ?

Oui, je suis passé de soleil et t-shirt à bonnet et froid… Et tu te les pèles (rires). Le club m’a repéré et m’a proposé de venir tout de suite après l’université, et vu que c’était en saison décalée, je pouvais être transféré directement. Ça m’arrangeait, car je pouvais remettre mon nom en Europe. Quand tu pars jouer aux Etats-Unis, ce n’est pas facile de revenir en Europe car les gens pensent que le niveau là-bas n’est pas bon alors que c’est vraiment meilleur que ce que l’on croit. Mais la façon de jouer en Suède était similaire à celle que j’ai vu en Amérique. J’ai apprécié. C’est plus un choc quand tu vas en Angleterre. J’ai reçu un conseil d’un coach de Bolton qui me disait « tu ne peux pas changer la façon de faire ici, donc c’est à toi de t’adapter ». Au début, ç’a été difficile, mais tant que tu marques des buts, tout va bien. Je n’ai pas eu tant de problèmes que ça, mais ça m’a pris du temps.

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Achille Campion, capitaine à Santa Barbara (Crédits photo : Artn’Sport)

Lorsque l’on regarde tes statistiques, on s’aperçoit que tu n’es pas un attaquant buteur qui marque beaucoup, est-ce qu’on te l’a déjà reproché ?

Je joue attaquant ou numéro dix. Cette saison, le coach m’a surtout fait jouer en attaque et j’ai marqué six buts et délivré dix passes décisives toutes compétitions confondues, en jouant 850 minutes en tout, soit l’équivalent de neuf matchs plein, à peu près. C’est plutôt bien. Et puis, si tu rentres dix minutes, c’est quand même difficile d’aller mettre un doublé (rires).

Après une telle saison, comment vois-tu ton avenir ? As-tu déjà pensé à revenir en France ?

Oui, ça ne me gênerait pas. Ma famille vit encore dans le Nord. Un club de haut de tableau de Ligue 2 ou de bas de tableau de Ligue 1, ça me motiverait bien, ce serait un beau défi. J’ai eu la possibilité de revenir par le passé, avant d’aller en Suède, mais à cette époque, je voulais jouer en équipe première, donc je n’y suis pas allé. On verra ce qui va se passer, je suis motivé, il y a sûrement de bons projets. J’ai encore un an de contrat, dans le foot tout va vite, et je serais aussi extrêmement heureux si je reste à Cork. On va quand même jouer la Ligue des Champions !

Propos recueillis par Mathieu Lauricella – 


Achille Campion

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Nationalité
fra France
Position
Attaquant
Club actuel
Cork City
Anniversaire
10/03/1990

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